Flexi-sécurité : le territoire comme maille pertinente

Tribune par Anne ALBERT-CROMARIAS.

Avec les ordonnances « Loi Travail », le débat repart de plus belle, entre les « pro » et les « anti » flexi-sécurité. Mais celle-ci (qui revient en grâce après avoir été précautionneusement écartée pendant les cinq dernières années) n’est que la partie émergée de l’iceberg.

Il semble primordial de s’interroger sur le niveau pertinent auquel doivent être examinées ces questions dans notre pays, en rappelant quelques éléments de contexte, majeurs pour mieux comprendre la situation.

 

Le modèle : la flexi-sécurité danoise

L’exemple danois est régulièrement mis en avant pour vanter les mérites d’une flexi-sécurité quasi parfaite, dont il conviendrait de s’inspirer pour « inventer » son équivalent français.

Construite sur une grande fluidité du marché du travail, elle se traduit, d’une part (côté « flexi »), par une législation du travail relativement peu développée (il n’y a par exemple pas de salaire minimum) compensée par la place incontournable des partenaires sociaux (avec un taux de syndicalisation de 80 %). D’autre part (côté « sécurité »), le taux de chômage maîtrisé à 6,2 % (qui n’est pas le plus bas parmi les pays européens, contrairement à une idée reçue) s’explique grâce à une forte rotation des emplois et une dotation généreuse des politiques, dites « actives », du marché du travail (plus de 1,8 % du PIB).

Le premier point de vigilance, évident, est que le Danemark n’est pas la France. Tout, ou presque, y diffère : géographie, économie, culture, civilisation…

Le salariat, une norme qui se transforme

Depuis la seconde moitié du XIXe siècle, c’est pour et avec le salariat que s’est construit le code du travail. Si en 2017 la norme conceptuelle du salariat reste le CDI à temps plein, dans la pratique, les formes de travail évoluent largement.

Ainsi, qui visons-nous avec la sécurisation des « salariés » ? Ceux qui sont déjà en poste, en CDI ? Ceux qui sont demandeurs d’emploi de longue durée ? Ceux qui n’entrent pas dans les statistiques du chômage parce qu’enchaînant des petits emplois précaires ? Différentes analyses économiques, notamment celle des marchés transitionnels du travail, montrent une segmentation de plus en plus marquée de la population active, selon qu’elle occupe (ou non) un emploi et le statut de ce dernier.

Ajoutons à cela les enjeux liés à la révolution numérique en cours qui transforme non seulement le contenu même du travail mais accentue la porosité croissante des sphères professionnelle et privée, sans oublier les craintes de destruction d’emplois liées à la robotisation… On comprendra que le chantier « emploi » ne fait que commencer…

Pour consulter l’article en intégralité : The Conversation

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