Anthropologie et management : quelques pistes de réflexion pour un bien-être au travail

Le 17 janvier 2018, Jean-François Chanlat, professeur des universités à Paris-Dauphine, est venu tenir une conférence sur invitation du groupe de travail PEOPLE   et dans le cadre du Mastère Spécialisé GRH et Innovation Managériale, intitulée « Le management à l’épreuve du travail : une perspective anthropologique ». Voici l’essentiel des réflexions qui ont été présentées et saisies par les étudiants. Elles pourront, à l’heure où la souffrance au travail est devenue un enjeu largement reconnu dans notre société, servir de rappels.

chanlat Groupe ESC Clermont

Jean-François Chanlat a tout d’abord introduit sa conférence en rappelant les définitions des termes qu’elle propose d’étudier : le management désigne l’ensemble des personnes et des pratiques qui permettent le pilotage de l’action collective. Quant au travail il est défini comme un effort physique et intellectuel réalisé dans le but d’obtenir un résultat et nécessitant une intelligence qui sache sortir du cadre.

Ces définitions étant posées, Jean-François Chanlat a expliqué le lien entre management et anthropologie, c’est-à-dire la nécessité de connaitre à la fois l’être humain dans son ensemble (l’anthropologie générale) et dans un collectif en situation (l’anthropologie singulière). Avec cette perspective il a ensuite égrainé huit postulats relatifs à la ‘situation’ des humains dans les organisations.


Ces postulats sont que ces humains sont :

  1. Des acteurs sociaux en relation
  2. Des sujets en action
  3. Des acteurs/sujets porteurs d’identités
  4. Des travailleurs en situation
  5. Des acteurs/sujets en quête de signification
  6. Des acteurs/sujets enracinés dans un espace-temps
  7. Des acteurs/sujets incarnés
  8. Des sujets éthiques

De ces postulats il est intéressant de retenir, entre autres et de manière non-exhaustive, qu’il est important de reconnaitre :

  • Que chaque travailleur peut penser stratégiquement, à quelque niveau qu’il soit et que la manière de faire de chacun pour aboutir à un résultat doit toujours être considérée ;
  • Que l’abstraction induite par les modes de gestion des entreprises conduit parfois à une perte de contact avec le réel, au point qu’elle puisse devenir un adversaire du travail bien fait ;
  • Que la culture, le langage, la parole sont des parties constitutives d’un univers de sens, ce qui implique de sortir d’une vision télégraphique de la communication ;
  • Qu’il faut sortir d’une vision purement fonctionnelle de l’espace et du temps, de l’instantanéité et de l’ubiquité qui se développent largement aujourd’hui avec le numérique ;
  • Que tout ne peut être réduit dans l’entreprise à une approche rationnelle (dans laquelle les humains deviennent des chiffres, des nombres, des variables), l’affect et les émotions sont une dimension constitutive des individus dont il faut tenir compte.

Après avoir remis en perspective ces éléments anthropologiques, Jean-François Chanlat a conclu en rappelant qu’il ne faut jamais négliger ou mésestimer la dimension sociale des décisions induites par un management, au risque de générer l’échec. Dans une même logique, le bon management ne se mesure pas forcément aux résistances qu’il suscite et son succès ne se voit pas toujours. Enfin, pour lui, l’innovation sociale se fait toujours dans les marges et il invite donc à cultiver ces marges, partout, et particulièrement dans les écoles.

Au final, il semble pertinent de retenir qu’il faut se méfier des formes de simplisme et qu’il est toujours nécessaire de considérer la complexité qui réside en tout humain, dans ses différentes dimensions. Car, comme le disait Boris Cyrulnik cité par Jean-François Chanlat, « la certitude, c’est la pensée paresseuse ».

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