Les cours tiennent la distance !

Après quelques jours de transition et d’adaptation aux consignes gouvernementales, l’enseignement distantiel a été généralisé le 23 mars avec les outils adéquats et la constitution des groupes pédagogiques virtuels.

Si l’Ecole ne s’est pas retrouvée au dépourvu face à cet état de fait, il est intéressant de voir, à travers trois premiers retours d’expérience d’enseignants-chercheurs, que l’essentiel reste présent même à distance, à savoir l’accompagnement individualisé et la dimension humaine !

Quelques chiffres-clés

  • 1420 étudiants passés en enseignement distantiel
  • 166 groupes créés dans TEAMS (par niveaux et filières/spécialisations, business games, etc.)
  • 125 cours programmés du 23 au 28 mars
  • 45 enseignants-chercheurs permanents actifs sur TEAMS
  • 52 intervenants extérieurs et professionnels actifs sur TEAMS

Témoignage de Cédrine Zumbo-Lebrument, professeur de marketing et responsable de la filière retail, 100% tournée vers l’expérientiel.

Comment se passent les cours avec vos étudiants dans ces conditions ? Est-ce que la nature du travail a changé ?

A l’école, nous privilégions la proximité entre enseignant et étudiant et, particulièrement au sein de la filière RETAIL, sur l’expérimentation grâce aux expériences terrain proposées par l’ensemble des partenaires de la filière qui permettent aux étudiants de découvrir les coulisses, les façons de travailler des différentes enseignes de la grande distribution alimentaire ou spécialisée. Il est évident que dans ce contexte, nous ne pouvons répondre à ce parti-pris de la même façon qu’auparavant. En revanche, de cette contrainte, nous avons une opportunité pour ré-inventer notre façon d’enseigner, d’être créatif et faire confiance à nos étudiants qui se révèlent être beaucoup plus agiles et créatifs dans leurs usages que nous pouvons le penser. Par exemple, sur le module ”Gestion de la logistique et supply chain” piloté par Geoffrey Teysedre, responsable logistique IKEA Clermont-Ferrand, la dernière séance de cours se fera à distance via TEAMS. Pour le module ”Gestion de la relation client”, avec Céline Amouroux, directrice de Zodio Clermont, nous sommes en train de réfléchir à la manière dont nous allons pouvoir transformer la visite magasin initialement prévue début mai en visite virtuelle et explication en classe virtuelle, etc… Les choses se mettent en place au cas par cas.

Pendant la semaine de transition j’ai pu transmettre aux intervenants sur la filière Retail que l’essentiel dans la mise en place de la continuité pédagogique, c’est d’être présent pour dispenser les cours, pour accompagner les étudiants, les rassurer et répondre à leurs questions tout en étant « souples ». C’est important, car il faut bien être conscient que nous n’avons pas tous les conditions optimales pour travailler (PC partagé à plusieurs dans certains foyers, mauvaise connexion internet, temps de travail des alternants en retail très énergivore…). Alors oui, il faut assurer la continuité pédagogique, garder contact (le groupe fermé Facebook fonctionne bien pour cela) mais ils sont aussi invités à lire des ressources en ligne, écouter de la musique, s’abonner à certains podcasts conseillés, suivre les cours de pilates ou de cardio en ligne ^^, tester les recettes ”avec les fonds de placard” en suivant quelques influenceurs pertinents, d’applaudir aux fenêtres à 20h pour soutenir le personnel soignant, organiser des skypes/facetime apéro (avec modération), jouer à des jeux de sociétés… en un mot, il faut rester ”souple” au regard de la situation et les inviter a se faire du bien pour tenir sur la durée. La vie continue !

La filière étant très orientée « learning by doing », comment parvenez-vous à tout retranscrire en ligne ? 

C’est exact, c’est la singularité de cette formation. Heureusement, une très grande partie des visites, participation au challenge Nature & Découvertes, se sont déjà déroulées, en grande partie sur le 1er semestre, afin de permettre aux étudiants de pouvoir rapidement expérimenter les apports théoriques.

Néanmoins, il reste un temps fort de cette formation qui réside dans la participation des étudiants au Business Game : Cesim Retail le 2/3 et 6 avril prochain.

Ce jeu permet de développer la capacité des étudiants à penser, repenser et adapter leurs stratégies et leurs décisions dans un environnement concurrentiel, très proche d’une situation réaliste, comme disent les étudiants ”comme dans la vraie vie”. Ils sont à la ”tête” d’une station service. Ils sont en équipe de ¾ étudiants et l’ensemble des équipes sont en inter-relations. Ce jeu va pouvoir se jouer à distance sans souci. D’ailleurs, Raoul Sobreville, responsable Cesim, basé en Finlande m’indiquait récemment ”pas d’inquiétude pour que les étudiants puissent se connecter, nous avons 3000 étudiants chinois qui jouent au moment où je vous parle”.

Actuellement beaucoup de vos étudiants sont en activité dans des enseignes qui continuent à servir les clients. Restez-vous en relation avec eux ? Comment les aider ?

Bien sûr nous restons en constante relation avec aussi le service Relations Entreprises qui s’assure qu’ils vivent bien la situation. C’est une expérience vraiment particulière qu’ils sont amenés à vivre, et vraiment je leur tire mon chapeau car ils ont une attitude très pro et très responsable. Je reste en contact permanent via le groupe FB, mais surtout j’essaie de les aider dans leur recherche d’alternance car ils n’ont plus aucun temps à y consacrer. Je leur apporte mon réseau et ai lancé, sur Linkedin, une opération #1jour1alternantRetail, où je présente chaque jour un étudiant en commentant son parcours et en invitant mon réseau à partager. Le distance n’exclut pas la dimension humaine, bien au contraire.

Témoignage d’Anne Pats, professeur d’économie et responsable de la filière Passion Sport. Avec entre autres la formation de Sportifs de Haut Niveau.

L’apprentissage en distanciel n’est-il pas un passage obligé quand on veut former ce public de Sportifs de Haut Niveau ?

Anne Pats Groupe ESC ClermontA l’origine de la création de la filière sport dans l’Ecole il y a eu la nécessité de réfléchir à un fonctionnement pédagogique différent, avec la mise en place de cours en distanciel et un process de production des cours en « blended learning ». Les sportifs de bon et haut niveau représentant un public à part, ils demandent une flexibilité et une adaptabilité aussi bien en termes de disponibilité, que d’agenda et de modalités d’apprentissage. A la rentrée 2019 le lancement du nouveau programme Executive Bachelor, à nouveau avec des sportifs professionnels, a permis d’avancer plus encore sur ce terrain. Nous y avons 15 rugbymen de l’ASM, d’Aurillac et de Nevers qui profitent de ce système qui lie avec apprentissages synchrone et asynchrone, avec un dispositif de tutorat en parallèle. Les outils utilisés ou expérimentés, tels que TEAMS et Zoom, ont permis de bien fonctionner et ont donc généré un retour sur expérience positif, lié à la réflexion plus globale sur la pédagogie. Ce n’est pas un hasard si ce sont aujourd’hui les outils que nous avons déployés en moins d’une semaine pour le 100% distanciel pour l’ensemble de l’Ecole et qui nous permettent de maintenir la continuité pédagogique.

Comment avez-vous géré la semaine dernière pour accélérer le process avec eux ?

Il faut bien voir qu’en parallèle les sportifs ont été mis en chômage partiel et ça a donc immédiatement ouvert des perspectives de formation plus intenses ! Nous avons contacté individuellement tous les étudiants de la filière Passion Sport et avons fait le point sur leur situation : était-ce pour eux une opportunité pour récupérer du retard ou bien prendre de l’avance ? Quoi qu’il en soit l’ensemble des enseignants qui suivent ces sportifs, en formation initiale ou continue, est amenée à augmenter sur cette période son temps de travail, dans des modalités auxquelles ils sont déjà habitués ! Ce n’est donc pas vraiment une transition pour eux : coaching et tutorat via visioconférences, dossiers à rendre et rattrapages ont ponctué cette première semaine. Cette réactivité, des deux côtés, est importante !

Le passage en distanciel concerne aussi les intervenants professionnels, comment gérez-vous leur formation ?

En fait on peut regrouper nos intervenants professionnels dans deux catégories. Ceux qui ont une activité pédagogique récurrente se sont adaptés sans difficulté à l’usage distanciel, ils sont déjà agiles pédagogiquement ! Avec les intervenants ponctuels nous allons faire aussi du cas par cas, en fonction de leurs propres contraintes – car ils en ont aussi dans un moment de crise comme celui-ci – et leur maîtrise des outils. En fonction de cela, soit nous adapterons leur intervention en distanciel, soit nous reporterons leur intervention à la réouverture du campus que l’on espère, pour tous, pas trop lointaine.

Témoignage de Daniela Borodak, professeur d’économie et responsable du Learning Lab

Quand on est en charge du Learning Lab de l’Ecole, quel point de vue on a sur ce passage temporaire en 100% distanciel que nous vivons ?

Ce que nous vivons conduit indéniablement à l’accélération du changement des pratiques pédagogiques.

Pour les enseignants qui ont déjà effectué la transition vers des stratégies pédagogiques diversifiées, avec une utilisation régulière d’outils numériques, les choses ne changent qu’à la marge, avec l’introduction de nouveaux outils.

En revanche, pour ceux qui enseignent principalement en échange présentiel, avec des supports de cours en ligne et un usage de premier niveau de la plateforme numérique LMS, la période actuelle est synonyme d’enrichissement. C’est aussi un moment où les enseignants sont conduits à repenser l’alignement pédagogique dans leurs cours : quels objectifs, quels moyens, quelles formes d’évaluation et de feed-back ?

En ce qui concerne le Learning Lab – dont le rôle est de recenser les innovations pédagogiques dans l’Ecole et tester de nouveaux usages –, la suite de cette période de confinement sera cruciale. Elle permettra de repenser le développement professionnel des enseignants, de soutenir les compétences acquises et surtout aider à l’acquisition de nouvelles de façon cohérente et sereine !

Utilises-tu d’autres outils que Teams avec tes étudiants pour assurer la continuité pédagogie (et si oui pourquoi) ?

Oui, j’utilise Piazza, car c’est un outil qu’un quart des enseignants a testé avec succès l’année dernière. Cet outil est intégré dans notre LMS et, personnellement, je l’utilisais déjà dans tous mes cours, sans exception, pour 2019/2020. Piazza est également l’outil « forum » du Learning Lab. C’est un excellent outil qui permet de faire tout le nécessaire avant, pendant, après le cours, à l’exception de l’échange en visioconférence.

Comment s’est passé le passage en « virtuel » avec les étudiants ?

Utilisant déjà Piazza en temps normal, la différence pour moi et mes étudiants n’est pas un passage aux échanges « virtuels » mais un élargissement des outils numériques utilisés avec TEAMS.

La suppression des échanges en présentiel n’est pas dommageable sur la qualité des contenus échangés – à court terme. Cependant, il me semble que les échanges par écrit (qui sont conservés) enlèvent une certaine spontanéité et brident parfois les étudiants dans leurs questions. Peut-être que les discussions sont plus brèves et vont aujourd’hui à l’essentiel… C’est là où la visioconférence peut faire une différence : elle peut être plus informelle.

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