Pourquoi une école de management doit-elle se saisir des questions de RSE ?

Pourquoi une école de management doit-elle se saisir des questions de RSE ?, par Sabrina Pérugien, Enseignante-Chercheure en management et gestion des ressources humaines au Groupe ESC Clermont, et spécialiste des questions de diversité, d’inclusion et de non-discrimination au travail.

Tout d’abord, définissons le terme en question. La RSE renvoie à la responsabilité des entreprises en matière sociale et sociétale. Autrement dit, au rapport qu’elle tient avec les différentes couches sociales du pays dans lequel elle opère et des répercussions de son activité dans l’amélioration ou la détérioration des conditions de vie des citoyens. La RSE tutoie la question du vivre ensemble et s’intéresse au retentissement que toute entreprise a au sein d’une société donnée. Depuis les années 2000, l’on a vu apparaître des déclinaisons telles que RSO pour « Responsabilité Sociale des Organisations » qui permettait d’avoir un scope élargi ou encore RSE pour « Responsabilité Sociétale des Etablissements » afin de recentrer le propos sur les pratiques déployées au sein des établissements de l’enseignement supérieur notamment. Ici, je parlerai essentiellement de cette déclinaison-là.


Alors pour répondre à la question posée, disons qu’une école doit endosser le rôle particulier qui est le sien et la place qu’elle occupe au sein de la société. C’est la raison qui l’engage à se saisir de ces questions. Sa responsabilité est grande en la matière car une école, ce n’est pas une banque d’affaires ou une entreprise de commerce en ligne. Sa place est autre car elle doit permettre de préparer la nouvelle génération – mais pas seulement – à relever les défis qui s’annoncent et s’amoncellent. Ce faisant, elle doit également transmettre des connaissances à celles et ceux qui viennent s’y former tout en leur permettant d’être créatifs, innovants et à l’écoute de l’environnement – nécessairement changeant et complexe – et ce, quel qu’en soit le domaine. Pour ce qui est des écoles de management, l’enjeu est de taille puisqu’il s’agit de former des managers et dirigeants capables de développer des entreprises avec succès, d’animer des équipes composées de femmes et d’hommes d’horizon divers, de comprendre et de décrypter la réalité dans laquelle ils opèreront. Et bien plus encore et les décisions prises, car il s’agit de ça essentiellement, doivent intégrer les externalités. C’est là que la question de la RSE au sein d’une école de management prend toute sa place et tout son sens.

Aussi, pour nous, professionnels de l’éducation, les écueils et défis à relever sont nombreux mais celui qui me semble le plus prégnant est celui qui relève du formatage. Une école de management ne doit pas formater la pensée mais former à penser et le combat du formatage de la pensée est un défi capital à relever. Cela suppose de faire évoluer nos pratiques et nos croyances et implique de repenser nos modes de fonctionnement, de modifier nos schémas cognitifs. In fine, cela constitue une invitation à nous remettre en question et développer cette habileté chez celles et ceux qui viennent en apprentissage ici constitue l’un des points nodaux.

Comment une école de management peut-elle s’y prendre ?

Alors à notre niveau, il s’agit d’accompagner des individualités, de développer des talents issus de milieux divers, pétris d’expériences multiples toujours en construction et de concourir à l’épanouissement de chacune et chacun dans ses choix professionnels actuels et à venir. Ceci étant posé, il me faut ajouter qu’il n’y a pas de formule magique ni même unique. Chaque école doit inventer sa propre grammaire et son activité tient compte, a minima, de son histoire, de ses ressources et de son environnement. Une école de management s’inscrit d’abord dans un territoire, rayonne sur lui et fait vivre une économie locale. Ensuite, elle se doit de saisir le pouls de la société à laquelle elle prépare les étudiantes et étudiants – tant ceux issus de la formation initiale que continue – et de les amener à réfléchir aux préoccupations et problématiques contemporaines que rencontrent les entreprises. Etant entendu que l’on parle de RSE.

Tous ces éléments ont des répercussions sur les relations sociales au travail. En tant que professeure de GRH et de Management, j’injecte ces préoccupations nouvelles dans mes enseignements. C’est ainsi que les sujets de bien-être ou de souffrance au travail (liées par exemple aux cas de harcèlement moral ou sexuel, de stress et de burn out) ou d’inclusion (les questions de non-discrimination ou encore de diversité) pénètrent la salle de cours afin de travailler aussi sur les compétences comportementales (soft skills) qui sont les plus difficiles à appréhender et à travailler mais qui s’observent en situation de travail et font la différence dans les entreprises. J’aime à rappeler qu’en définitive, l’on examine deux choses : la maîtrise de l’emploi occupé (savoir-faire) et le plaisir à travailler avec une personne (savoir-être). Et c’est ainsi, en préparant les générations futures – mais actuelles également – que l’on peut assumer son rôle en matière de RSE. Et ici, ce sont autant de sujets et de questionnements que nous abordons, soulevons et débattons à l’ESC Clermont.

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