Retour sur le colloque « Kierkegaard et les enjeux de l’éthique contemporaine »

Les 2 et 3 mai 2019, l’ESC Clermont a réuni 18 chercheurs internationaux, venus de 13 pays, dans le cadre d’un colloque international sur Kierkegaard et les enjeux de l’éthique contemporaine. Ces deux journées de conférences et d’échanges ont été dédiées à la question de savoir comment la pensée de Søren Kierkegaard (1813-1855), philosophe danois qui eut un énorme retentissement sur la philosophie française au XXème siècle, et notamment sur le mouvement existentialiste, peut nous aider aborder certains défis moraux pour le XXIème siècle.

Une pensée intemporelle

Face à nos sociétés en mutation, de nombreuses questions existentielles se posent, de la place de l’individu dans la sphère politique à la redéfinition de l’humain face à la technicisation de l’environnement. Ce colloque international a été l’occasion pour des chercheurs reconnus, spécialistes de Kierkegaard et de philosophie morale, de s’interroger sur l’apport des travaux de Kierkegaard à de nombreux domaines d’éthique appliquée. Parmi les sujets abordés figuraient (parmi d’autres) des réflexions sur les liens entre une éthique laïque et des valeurs religieuses dans nos sociétés hétérogènes, sur les manières de promouvoir la solidarité, la tolérance et le dialogue interreligieux ; des réflexions sur les manières dont les nouvelles technologies de l’information et de la communication influent sur notre construction identitaire et nos interactions avec autrui ; des considérations sur l’accueil des réfugiés et sur la construction d’identité sociale.

Un colloque inscrit dans les événements de l’année du centenaire

Dans le cadre de ce colloque, l’ESC Clermont a également tenu à ouvrir ses portes à un public élargi, et a proposé jeudi 2 mai en soirée une conférence ouverte ces mêmes thèmes. Une centaine de participants, étudiants, chercheurs, professionnels et autres acteurs du territoire, ont pu redécouvrir la philosophie de Kierkegaard et sa pertinence pour notre époque contemporaine.

Mélissa Fox-Muraton, enseignante-chercheur en philosophie à l’ESC Clermont, a donné une conférence intitulée « Kierkegaard : une éthique existentielle pour notre époque ? » Si Kierkegaard, ce penseur qui met l’existence concrète au cœur de la réflexion philosophique, peut paraître très éloigné des sujets qui touchent nos sociétés contemporaines, comme le respect de la diversité, le changement climatique ou le développement des nouvelles technologies et leur impact sur l’humain, il propose néanmoins une approche existentielle de l’éthique qui est encore d’actualité. L’éthique existentielle, suivant Socrate, nous invite à nous connaître nous-mêmes et à réapprendre à nous voir, et surtout à nous voir comme concernés par les problèmes du monde qui nous entoure.

Or, dans un monde où l’on décrie de plus en plus la perte de sens (surtout dans le contexte professionnel), où la course à la performance entraîne de une recrudescence des maladies professionnelles et où les nouvelles technologies de l’information et de la communication refaçonnent nos rapports avec nous-mêmes et avec autrui, la pensée kierkegaardienne nous invite à ne pas oublier de poser des questions sur le sens de nos engagements et de nos choix.

Une seconde conférence par Karl Verstrynge, Professeur de philosophie et de sciences morales à la Vrije Universiteit Brussel, a approfondi la réflexion en appliquant la philosophie kierkegaardienne à une analyse de notre rapport aux NTIC et au phénomène de « détox digitale ». Dans un monde de connectivité constante, de plus en plus de personnes revendiquent le droit à la déconnexion et se détournent des nouvelles technologies. Karl Verstrynge a proposé d’examiner ce phénomène à la lumière d’une approche kierkegaardienne. Si une présence constante dans le monde virtuel peut relever de l’addiction ou être source de souffrance pour l’individu, voire être perçue comme une manière d’exister inauthentique, est-ce pour autant qu’il faille se déconnecter totalement ? Mobilisant les concepts kierkegaardiens de réminiscence et de reprise, Verstrynge suggère que ce n’est pas la bonne solution, puisqu’une déconnexion totale pourrait aussi être une forme de fuite devant la réalité. Plutôt que la déconnexion totale, Verstrynge nous dit qu’il faut apprendre à gérer nos rapports avec les NTIC en respectant une « distance appropriée » qui nous permettrait de garder notre ancrage dans la société tout en préservant notre liberté et notre ouverture aux possibilités existentielles ouvertes par ces nouvelles technologies.

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